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Weblog : Une histoire et des perspectives

Seul le lien original fait office de référence.
Un article de Rebecca Blood sur le phénomène des Carnets Web. Avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Traduction bénévole en cours par
christophe ducamp qui sera publiée après relecture pour enrichir l'ensemble des articles traduits en français par le groupe Froglog.

Rebecca Blood - 7 septembre 2000

En 1998 seule une poignée de sites répondant à la définition officielle de weblog (ainsi baptisés par Jorn Barger en décembre 1997) avaient pignon sur Web. Jesse James Garrett, auteur d'Infosift, commença à répertorier une une liste "d'autres sites de même facture" au fur et mesure de ses rencontres virtuelles. En novembre de la même année, il fit parvenir cette liste à Cameron Barrett. Cameron publia la liste sur Camworld et les rédacteurs de sites similaires commencèrent à lui envoyer leurs URLs respectifs afin d'être inclus dans la liste. La page de Jesse pour“weblogs seulement” répertorie les 23 sites du genre dont l'existence était connue à l'amorce de 1999.

Et puis soudain, une communauté fleurit. Grâce à la liste de Cameron, lire l'ensemble des weblogs devenait facile et la plupart des amateurs du genre s'y livrait. Toujours aux prémices de 1999, Peter Merholz annonça qu'il allait prononcer “wee-blog”. Inévitablement, le mot fut raccourci en “blog” et l'appellation  “blogger” désigna leurs rédacteurs.

A ce stade, un mouvement de suiveurs se mit en route. De plus en plus de gens commencèrent à publier leurs propres weblogs. Je démarrais le mien en avril 1999. Brusquement il devint difficile de lire chaque weblog chaque jour, ou même garder trace de tous les nouveaux qui apparaissaient. La liste de Cameron croissait si vite qu'il commença à n'y recenser que les weblogs qu'il suivait lui-même. D'autres blogueurs firent de même. Début 1999, Brigitte Eaton compila une liste de chaque weblog qu'elle connaissait et créa le Portail Eatonweb. Brig évalua toutes les candidatures sur un simple critère : que le site soit constitué de nouvelles chronodatées. Les blogueurs débattirent de ce qui était et n'était pas un weblog, mais parce que le portail Eatonweb était le listage le plus complet de tous les weblogs disponibles, la définition de Brig prévalut.

Cette croissance rapide se poursuivit sans arrêt jusqu'en juillet 1999 quand Pitas, avec le premier lancement d'un outil gratuit "pour-construire-ton-propre-weblog",et brusquement ils furent des centaines. En août Pyra sortit Blogger, Groksoup se lança et avec la facilité de ces outils basés sur une interface Web, le vent d'enthousiasme se métamorphosa en véritable cyclone. Fin 1999 le programmeur Dave Winer introduisit Edit This Page et Jeff A. Campbell lança Velocinews. Tous ces services étaient gratuits et tous étaient conçus pour ouvrir aux particuliers la publication de leurs propres weblogs rapidement et facilement.

Les weblogs originaux étaient des sites orientés vers des hyperliens. Chacun était une mixture exceptionnelle de parties de liens, commentaires, opinions personnelles et essais. Les weblogs pouvaient être seulement créés par des personnes qui savaient déjà comment réaliser un site Web. Une auteur de weblog avait même appris elle-même le HTML pour s'amuser. Après avoir travaillé toute la journée à créer des sites Web commerciaux, ils consacraient les heures de loisirs à surfer sur le Web et à poster vers leurs sites. C'étaient des enthousiastes du Web.

Beaucoup de weblogs actuels suivent ce style original. Leurs auteurs présentent des liens tant vers des recoins du Web que des articles d'actualités qu'ils jugent intéressants à relever. De tels liens sont presque toujours accompagnés d'un commentaire de l'auteur. Un auteur doté de quelque expertise dans un domaine démontre la justesse ou l'inexactitude d'un article mis en avant ou de certains faits contenus à l'intérieur ; il fournit des éléments additionnels qu'il juge pertinents ; ou ajoute simplement une opinion ou un point de vue différent de celui qu'il a relié. Habituellement, ce commentaire est caractérisé par un ton irrévérencieux, voire parfois sarcastique. Les rédacteurs les plus talentueux s'arrangent pour rapporter tout ce contenu en une phrase ou deux à l'intérieur desquelles ils placent l'hyperlien (les rendant, comme me le soulignait Halcyon, pionniers dans l'art et la manière du micro-contenu). En effet, le format typique du weblog, fournissant seulement un tout petit espace dans lequel on écrit une entrée, favorise la concision de l'auteur ; un commentaire plus argumenté est souvent présenté dans son propre espace en tant qu'essai séparé.

Ces weblogs fournissent une fonction intéressante de filtrage pour leurs lecteurs. Le Web a été, en effet, pré-digéré pour eux. A partir de myriades de pages Web épandues à travers tout le cyberespace, les auteurs de weblog ne cueillent que celles les plus en adéquation avec l'esprit du blogue, les plus stupides, les plus irrésistibles.

Mais je pense que cette famille de weblogs est importante pour une autre raison. Dans Media Virus de Douglas Rushkoff, Greg Ruggerio de Immediast Underground avance : "Le média est une propriété d'entreprises. Vous ne pouvez participer aux médias. Mettre en avant cet argument est une première étape. La deuxième étape est de définir la différence entre le public et l'audience. Une audience est passive ; un public participe. Nous avons besoin d'une définition du média qui soit publique dans son orientation".

En mettant l'accent sur les articles qui peuvent facilement passer outre l'attention de l'utilisateur typique du Web trop occupé pour ne pas aller plus loin qu'un simple balayage des grands sites officiels d'actualité, en dénichant des articles de sources moins connues et en fournissant des faits complémentaires, des points de vue alternatifs et des commentaires réfléchis, les rédacteurs de weblogs contribuent à la diffusion et à l'interprétation de l'actualité qui nous est délivrée tous les jours. Leur sarcasme et leurs commentaires courageux nous rappellent la nécessité de remettre en cause les droits acquis de nos sources d'informations et l'expertise des journalistes individuels alors qu'ils traitent une nouvelle dont l'essence du sujet échappe parfois à leur capacité de compréhension.

Les rédacteurs de weblogs placent parfois un article dans son contexte en le juxtaposant avec un article apparenté ; chaque article, revisité par le regard de l'autre, peut prendre une signification complémentaire, ou même emmener le lecteur vers des conclusions contraires à l'objectif initial recherché de chacun d'eux. Il serait exagéré de qualifier ce format de weblog "média indépendant", mais manifestement leurs rédacteurs --  mobilisés à dénicher et évaluer les "faits" qui nous sont présentés chaque jour --ressemblent au public mentionné par Ruggerio. En écrivant quelques lignes par jour, les rédacteurs de weblog commencent à redéfinir le concept médiatique comme un moyen de communication public et participatif.

En 1999 quelque chose d'autre arriva et je crois que cela a un rapport avec le lancement de Blogger.

Tandis que les carnets Web incluaient toujours un mélange de liens, commentaires et notes personnelles, durant la période d'explosion "post-Blogger", un nombre impressionnant de weblogs traitant habituellement de sujets tournant autour du Web au sens large s'orienta vers une sorte de journal à courtes entrées. Ces weblogs, souvent réactualisés plusieurs fois par jour, au lieu de ne se limiter qu'à un enregistrement de pensées de blogueurs, prirent la forme de rapides notes conçues pour travailler, notes à propos du week-end ou rebond rapide sur n'importe quel sujet. Les liens emmenaient le lecteur vers le site d'un autre blogueur avec lequel le premier avait eu une conversation publique ou une rencontre de la veille, ou encore vers le site d'un groupe qu'il avait vu la nuit d'avant. De véritables conversations se poursuivaient entre 3 à 5 blogues, chacun d'eux mettant en référence l'autre dans leur accord ou réfutation des prises de position des autres. Au fur et à mesure de l'apparition de nouveaux blogues, des personnalités émergèrent, certains noms apparaissant à plusieurs reprises dans les entrées quotidiennes ou énumérés dans la barre de côté obligatoire d'« autres weblogs » (un emprunt à la liste originale de Cam). C'était, et ça le demeure, fascinant de voir ces nouveaux blogueurs se positionner eux-mêmes dans cette communauté, référençant et réagissant à ces blogues qu'ils lisent le plus, leur barre de côté étant une affirmation de la tribu à laquelle ils souhaitent appartenir.

Comment expliquer ce changement ? Pourquoi une telle ampleur ? J'ai toujours suspecté qu'une partie de la popularité de cette forme d'expression pouvait être un simple désir d'imiter les sites des gosses de Pyra Ev et Meg. Leur statut de créateurs de Blogger, leur charme, leurs blogs pleins d'esprits sont la meilleure publicité pour le produit le plus populaire de leur société.

Plus que cela, Blogger lui-même n'émet aucune restriction quant à la nature du contenu pouvant être posté. Son interface Web, accessible à partir de n'importe quel navigateur, se compose d'une boîte vide dans laquelle le blogueur peut entrer au clavier... tout ce qu'il veut : une pensée furtive, un essai prolongé ou un souvenir d'enfance. En un clic, Blogger enverra... le "quoi que ce soit"... sur le site Web de l'auteur, l'archivera dans un endroit approprié et présentera à l'auteur une autre boîte vide, celle-ci attendant simplement d'être remplie à nouveau. 

Comparez cela à l'interface Web de Metafilter, un weblog populaire de communauté. Ici, trois boîtes formatées se présentent à l'auteur : la première pour l'URL du site référencé, la seconde pour le titre de l'entrée et la troisième pour tout commentaire que l'auteur voudrait ajouter. L'interface de MetaFilter oblige l'auteur à renseigner  un lien et un commentaire ; Blogger ne requiert pas de telles exigences. Blogger rend si facile la saisie d'une pensée ou d'une réaction que beaucoup de gens se montrent moins disposées à chasser un lien et rédiger le texte d'accompagnement.

C'est ce format libre d'interface combiné à la grande facilité d'utilisation qui a ,selon moi, plus que tout autre facteur contribué à pousser le décalage du "carnet de repères" au "carnet d'auteur". Et il y a eu un décalage. Chercher un carnet de repères en cliquant à travers les milliers de weblogs recensés sur weblogs.com, le Portail Eatonweb, ou l'Annuaire Blogger peut être une tâche sisyphique. Les nouveaux venus sembleraient être plus tirés vers le modèle de carnet d'auteur plutôt que de carnet de repères.

Bien sûr, les deux modèles existent toujours ; bien sûr le mélange particulier de liens, commentaires et observations personnelles propres à chaque site personnel ont toujours donné à chaque weblog sa voix distinctive et sa personnalité ; et bien sûr le weblog a toujours été d'un format infiniment malléable. Mais l'afflux des blogues a modifié la définition du weblog partant d'une "liste de liens avec commentaires et apartés personnels" pour évoluer vers un "site Web mis à jour fréquemment, avec de l'information brute envoyée en haut de la page". Je souhaite vraiment qu'il y ait un autre terme pour décrire le "carnet de repères", un qui le distinguerait facilement du carnet d'auteur. Selon le principe de vérité dans la publicité, ceci faciliterait la tâche du lecteur aventureux pour trouver le type de weblog qu'il apprécie le plus.

Aussi, que dire du weblog ? Est-ce d'intérêt ou important pour quiconque qui n'en produit pas ? Et bien, je pense que ce devrait l'être.

Un carnet de repères fournit beaucoup d'avantages à ses lecteurs. Il met en lumière des aperçus d'un Web inimaginable pour ceux qui ne disposent pas de temps pour surfer. Un être humain intelligent filtre à travers la masse d'information emballée quotidiennement pour notre consommation et sélectionne l'intéressant, l'important, le surmédiatisé et l'inattendu. Cet être humain peut fournir des renseignements complémentaires à ceux fournis par médias officiels, signale l'erreur d'un argument, éclaire peut-être un détail imprécis. Puisque la rédactrice de weblog peut librement commenter ses observations sur ses trouvailles, une semaine de lecture vous indiquera ses centres d'intérêts personnels, rendant la ressource prévisible. Ceci nous offre un regard critique à l'égard de l'information et des commentaires qu'elle fournit. Son attitude irrévérencieuse défie la véracité des "faits" présentés chaque jour par des autorités.

Peu de temps après avoir démarré Rebecca's Pocket je notais deux effets secondaires auxquels je ne m'étais pas attendue. D'abord, je découvrais mes propres centres d'intérêts. Je pensais connaître mes centres d'intérêts, mais après ces quelques mois à avoir hyperlié des histoires, je réalisais que j'étais plus intéressée par la science, l'archéologie et les histoires d'injustice que je n'aurais pu l'imaginer. Mais chose plus importante par ailleurs, je commençais à avoir une plus haute opinion de mon propre point de vue. En composant mon texte hyperlié chaque jour je réfléchissais soigneusement à mes propres opinions et idées et commençais à ressentir que ma façon de voir était unique et importante.

Cette expérience de fond peut être réalisée plus purement dans le weblog type carnet de repères. Sans point de contact vers le monde extérieur, le blogueur est forcé à partager son monde avec quiconque le lit. Il peut inviter d'autres blogueurs dans la conversation sur des centres d'intérêts qu'ils partagent. Il peut critiquer un livre qu'il est en train de lire ou le comportement d'une personne dans l'autobus. Il pourrait décrire une fleur qu'il a vue grandir entre les fissures d'un trottoir sur son chemin du travail. Ou simplement jeter quelques notes à propos de sa vie : ce qu'est le travail, ce qu'il a eu pour dîner, ce qu'il pense d'un film récent. Ces fragments, assemblés au fil des mois, peuvent fournir une vue vraiment intime et inattendue de ce qu'est être un être particulier dans un lieu particulier à un moment particulier.

Le blogueur, par le simple fait de noter ce qui lui vient à l'esprit, sera confronté à ses propres pensées et opinions. En bloguant chaque jour, il deviendra un auteur plus sûr de lui. Une communauté de 100 ou 20 ou 3 personnes peut émerger autour de l'enregistrement public de ses pensées. Etant réuni avec des voix amicales, il peut gagner plus d'assurance dans sa vision du monde ; il peut commencer à tester des formats plus longs d'écriture, jouer avec le haïku ou démarrer un projet créatif -- un qu'il aurait écarté, le jugeant sans importance, ou doutait de pouvoir le faire aboutir seulement quelques mois auparavant.

Parce qu'il exprime tous les jours son opinion, cette connaissance de lui-même peut se développer en une confiance en son propre point de vue. Ses propres réactions -- à une poésie, à d'autres personnes, et oui, aux médias - le renforceront dans ses convictions. Accoutumé à exprimer ses pensées sur son site web, il deviendra plus entier dans l'expression de son avis tant vis à vis de sa propre opinion que de celles des autres. Il deviendra impatient à l'attente de voir ce que les autres pensent avant de décider, et commencera à agir en conséquence selon son for intérieur. Idéalement, il deviendra moins "réflexif" (ndt non traduit pronom ego ?) et plus réfléchi (ndt :  esprit ?), et trouvera ses propres opinions et idées dignes de considérations sérieuses.

Ses lecteurs se souviendront d'un incident de sa propre enfance quand le blogueur racontera un souvenir. Ils pourraient regarder de plus près les autres cavaliers (ndt : rider on the train) après que le blogueur décrive ses impressions d'un camarade de banlieue (proche ndt : ?? fellow commuter). Ils cliqueront dans tous les sens entre les blogues et analyseront chaque point de vue des bloguers dans une conversation multi-blogues ; et fourniront leurs propres conclusions. En lisant les points de vues d'autres gens ordinaires, ils interrogeront aisément et évalueront ce qui s'est dit. En faisant cela, ils peuvent démarrer un voyage de développement personnel et d'indépendance intellectuelle.

La promesse du Web était que chacun puisse publier, que des milliers de voix puissent s'épanouir, communiquer et se relier. La vérité fût que seules les personnes qui savaient coder une page Web pouvaient faire entendre leurs voix. Blogger, Pitas et les autres ont donné aux gens avec peu ou pas de connaissance du HTML la capacité de publier sur le Web : pour parler avec emphase, se souvenir, rêver et discuter en public, aussi facilement qu'il envoient un message instantané. Nous ne pouvons pas sérieusement comparer la création du World Wide Web en elle-même à la disponibilité de technologies gratuites qui permet à toute personne dotée d'un navigateur d'exprimer au reste du monde sa vision unique et (ndt : irreproducible) non reproductible... n'est-ce-pas ?

En septembre 2000, il y a des milliers de weblogs : weblogs orientés sur un thème, points de vues alternatifs, des regards astucieux de la condition humaine comme ceux décrits par les grands médias, des journaux courts, des liens vers l'étrange et des carnets libres d'idées. Les weblogs traditionnels assurent un service de repères précieux et fournissent des outils pour  une évaluation plus critique de l'information disponible sur le Web. Les "Blogs Free-Style" ne sont rien de moins qu'une manifestation de l'expression personnelle. Chacun d'eux est l'évidence d'un décalage de bascule d'une ère d'actualités soigneusement contrôlées fournies par des autorités accréditées (et des artistes) vers une occasion sans précédent pour l'expression individuelle à une échelle mondiale. Chaque forme de weblog donne du pouvoir à des individus à beaucoup de niveaux. (ndt : Each is evidence of a staggering shift from an age of carefully controlled information provided by sanctioned authorities (and artists), to an unprecedented opportunity for individual expression on a worldwide scale. Each kind of weblog empowers individuals on many levels).

Ainsi pourquoi chaque liste de signets ne contient-elle pas cinq weblogs ? Début 1999, il semblait vraiment que chaque liste de signets en comportait. Il y avait un peu d'attention média et de nouveaux weblogs se créaient chaque jour. C'était une petite communauté à croissance rapide prête à  une prise de conscience plus large. Peut-être les ondes des nouveaux weblogs créés dans le sillage de Pitas et Blogger écrasèrent le mouvement avant qu'il ne puisse atteindre la masse critique ; la croissance exponentielle et soudaine de la communauté l'a rendue non navigable . Les Weblogs, une fois filtrés du Web, devinrent brusquement si nombreux qu'ils étaient aussi embrouillés que le Web lui-même. Quelques articles supplémentaires parurent  décrivant avec racolage les weblogs comme la prochaine tendance. Mais la lectrice moyenne, pleine d'espoir à cliquer vers le Portail Eatonweb, se retrouvait elle-même confrontée à une liste alphabétique de milliers de weblogs. Ne sachant par où commencer, elle faisait marche arrière pour retourner chez ABCnews.com.

Je n'ai pas de réponse. Dans notre ère le site composé d'une page Web unique d'un Turc obscur appelé Mahir peut balayer le Web en quelques jours. Mais la vérité indiscutable est que les médias officiels et les entités commerciales et gouvernementales possèdent la majeure partie des immobiliers. Dell gère plus de pages Web que tous les weblogs réunis. La machine à relations publiques de Sprite peut faire pointer plus d'heures humaines vers la promotion d'un message -- "Obéis à ta Soif"-- que toutes les heures d'une vie de chaque blogueur. Notre force -- que chacun de nous parle d'une voix individuelle avec une vision individuelle -- est, dans un monde de messages soigneusement orchestrés conçus pour distraire et manipuler, une responsabilité. Nous sommes, très simplement, plus nombreux. (ndt : relire l'article original)

Et qu'est-ce qui changera vraiment si nous plaçons des weblogs dans chaque liste de signets ? Comme nous sommes bombardés de plus en plus d'informations venant de nos ordinateurs, de nos points d'attaches, des kiosques dans les magasins et maintenant de nos vêtements, le besoin de filtres fiables deviendra plus pressant. Parce que les intérêts des entreprises exercent un contrôle de plus en plus serré de l'information et même l'art, l'évaluation critique est plus essentielle que jamais. Parce que les publicités sont partout, se collent aux gobelets des tasses en papier et interrompent nos transactions au distributeur, nous avons besoin d'urgence de cultiver des formes d'expression individuelle afin de contrecarrer notre engourdissement en autodéfense et de nous souvenir ce qu'est être humain.

Nous sommes frappés par un déluge de données et à moins que nous ne créions du temps et des espaces pour réfléchir, nous serons laissés avec nos réactions c'est tout. Je crois fermement au pouvoir des weblogs pour transformer à la fois auteurs et lecteurs d'une "audience" vers un "public" et les faire passer du statut de "consommateur" à celui de "créateur". Les weblogs ne sont pas la panacée face aux effets paralysants d'une culture saturée de médias, mais je crois qu'ils sont une antidote.

Rebecca Blood
septembre 2000



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